TotalEnergies, Carrefour… Le climat, nouveau champ de bataille des assemblées générales d’actionnaires

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TotalEnergies, Carrefour... Le climat, nouveau champ de bataille des assemblées générales d’actionnaires

Les consignes sont claires : pas de portable, pas d’ordinateur, pas de sac… et si, possible, ne pas venir du tout. Sinon, il est préférable de se présenter Salle Pleyel deux heures trente à l’avance. Il ne s’agit pas d’un concert mais bien de l’assemblée générale des actionnaires de TotalEnergies qui doit débuter à 10H30 ce vendredi. Le pétrolier multiplie cette année les précautions pour éviter la séance désastreuse de l’an dernier, avec des centaines de militants écologistes bloquant l’assemblée générale, sous les insultes de quelques petits porteurs. Cette année encore, l’assemblée générale de Shell à Londres a été sérieusement perturbée par des militants environnementaux. Et pourtant la matinée s’annonce tendue. Tôt ce matin, des échauffourées entre manifestants et policiers près de la salle Pleyel ont été constatées. Une dizaine de militants ayant réussi à s’asseoir par terre devant l’entrée de la salle a été délogée par les forces de l’ordre, qui bouclaient le tronçon de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Des dizaines de manifestants sont depuis installés pour tenter d’empêcher la tenue de l’AG, selon les appels à manifester diffusés en amont. Deux résolutions de la major française sur le climat attireront l’attention. La première est déposée à l’initiative même de l’entreprise qui consent finalement à consulter ses actionnaires sur sa stratégie climat dans le cadre du Say on Climate. Pourtant, les ONG appellent à voter contre cette résolution, jugée insuffisante par rapport aux objectifs de réduction des émissions de CO2 de l’Accord de Paris (2015). Et, plus nouveau, des investisseurs institutionnels de premier plan, comme CNP Assurances, ont déjà indiqué qu’ils voteraient contre cette résolution. Parallèlement, 17 investisseurs français et internationaux ont déposé leur propre résolution, appelant le groupe à aligner ses réductions d’émissions indirectes (Scope 3) sur l’Accord de Paris. Un texte sur lequel TotalEnergies a appelé à voter contre au motif que ces émissions ne relèvent pas de l’entreprise mais de ses clients ! C’est d’ailleurs ce même argument qui a été avancé par Shell et BP contre une résolution similaire. Le résultat de ces deux votes sera capital pour mieux jauger des rapports de force sur la question climatique. En toile de fond, une coalition internationale d’ONG a lancé, la semaine dernière, une campagne visant les soutiens financiers de TotalEnergies. BNP Paribas est clairement visée : elle est la deuxième banque du pétrolier et son président, Jean Lemierre, dont le mandat vient d’être renouvelé, siège également comme administrateur de TotalEnergies. Lors de son assemblée générale, le 16 mai dernier, plusieurs scientifiques ont interpellé la banque, sous les huées de petits actionnaires présents, sur sa stratégie climat. L’ambiance a été beaucoup moins survoltée que l’an dernier mais la tension est toujours aussi palpable. La banque a d’ailleurs pris soin de préciser ses objectifs climatiques quelques jours avant l’assemblée. « Nous sommes face à des institutions financières qui sont dans le déni et qui défendent le maintien de leur soutien à l’expansion pétrolière et gazière au nom de la sécurité énergétique alors même qu’elles font partie des alliances pour la neutralité carbone. Nous devons donc à nouveau les interpeller lors des assemblées générales pour que ces entreprises mettent en cohérence leurs pratiques avec leurs discours », avait prévenu Lucie Pinson, directrice de Reclaim Finance. « Le climat n’a jamais été autant d’actualité », note Olivier de Guerre, co-fondateur et PDG de Phitrust, une société de gestion qui défend depuis près de 25 ans les pratiques ESG et de bonne gouvernance. Elle vient d’ailleurs d’inscrire, avec dix autres sociétés de gestion, un point à l’ordre du jour de l’assemblée générale de Carrefour sur sa stratégie climatique, qui doit donner lieu à une réponse formelle du conseil d’administration du distributeur. « D’un côté, les entreprises sont toutes en train de changer d’échelle sur le sujet du climat. Il faut mesurer le chemin parcouru : avant 2016, les questions climatiques étaient pas ou peu abordées dans les assemblées générales ou les conseils d’administration. Elles figurent désormais au cœur de la gouvernance. De l’autre, les investisseurs sont désormais obligés de s’intéresser au climat et de justifier leur choix avec la mise en œuvre de la taxonomie européenne », résume Olivier de Guerre. Le climat peut s’inviter aux assemblées générales de deux manières. Tout d’abord, les actionnaires peuvent proposer des résolutions climatiques, qui n’ont pas l’approbation du conseil d’administration. C’est le cas, cette année chez TotalEnergies ou bien Engie où une quinzaine d’investisseurs ont déposé leur propre texte en faveur de davantage de transparence. Cette dernière résolution a obtenu près de 25% des suffrages le 26 avril dernier, ce qui est un score relativement bon pour une motion dissidente. Et d’ailleurs, le président du conseil d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, s’est engagé à tenir compte de cette résolution. Un dépôt de résolution sans l’aval de l’entreprise est cependant rare, surtout en France où l’exercice relève du parcours du combattant. D’ailleurs Phitrust et plusieurs sociétés de gestion ont présenté un projet de réforme à Bercy à l’Autorité des marchés financiers, sans grands résultats jusqu’ici. En revanche, plus de 120 résolutions climat ont été déposées par des actionnaires aux Etats-Unis, deux fois plus qu’il y a deux ans, selon un décompte de l’agence de conseil actionnarial Proxy Preview. Ensuite, les entreprises peuvent soumettre leur propre résolution climatique (Say on Climate), avec un vote consultatif lors de l’assemblée générale. En 2021, trois entreprises françaises ont soumis un vote Say on Climate et, en 2022, elles étaient douze, soit 10% des entreprises du SBF 120. Cette année, elles ne sont plus que cinq : Icade, Klépierre, Covivio, Schneider Electric et TotalEnergies. Le Say on Climate n’a pas de fondement légal, loin s’en faut. Mais une pression s’exerce en faveur de son institutionnalisation, et même d’un vote annuel sur le climat, comme l’a récemment demandé 56 gestionnaires d’actifs. Certaines ONG, comme Reclaim Finance, se montrent également réservées sur le Say on Climate, trop souvent perçu comme un outil de « greenwashing ». En face, une grande majorité d’entreprises affichent leur opposition au Say on Climate, avec un argument massue : mettre au vote une stratégie climat revient finalement à mettre au vote la stratégie de l’entreprise, compte tenu des enjeux climatiques, ce qui doit rester de la prérogative du conseil d’administration. Lire aussi« Nous annonçons un désengagement massif de l’amont pétrolier et gazier et les moyens d’y parvenir » (Antoine Sire, BNP Paribas) « Faire valider la stratégie climat c’est ouvrir la porte à la validation d’une acquisition, d’une stratégie commerciale… on n’en sort plus », avance un gérant, réticent au Say on Climate. En tout cas, le sujet a été soigneusement évité par le code de gouvernance AFEP-Medef révisé l’an dernier. Cet activisme actionnarial peut lasser ou bien porter ses fruits. C’est la conviction de Lucie Pinson : « les assemblées générales ne sont pas seulement une opportunité pour interpeller les directions, mais c’est également une opportunité pour appeler les actionnaires, les investisseurs à jouer leur rôle en faveur du climat ». Rémunérations du PDG et émissions carbone au menu de l’AG de Carrefour Climat social tendu par l’inflation, appel à plus de transparence sur les émissions carbone : les actionnaires du géant français de la distribution Carrefour se réunissent vendredi matin à Aubervilliers pour une assemblée générale qui doit aussi se prononcer sur la rémunération du PDG Alexandre Bompard. Cette rémunération, décomposée en une partie fixe (1,5 million d’euros), une partie variable (jusqu’à deux fois la part fixe), une rémunération de long terme (jusqu’à « 60% de la rémunération globale maximum »), « est inacceptable, voire indécente », a critiqué la CGT. Les syndicats du groupe dénoncent dans ce passage de magasins en location-gérance, une forme de système de franchise dans laquelle Carrefour reste propriétaire du fonds de commerce, une casse sociale à bas bruit. La CFDT estime que les effectifs de Carrefour ont fondu de 30.000 personnes depuis 2018, passant de 115.000 à 85.000. De son côté, la direction affirme que ce changement de statut des magasins relance leur activité et préserve l’emploi, et le PDG Alexandre Bompard prévoit de s’appuyer de plus en plus sur un modèle d’exploitation des magasins en franchise. Carrefour a en outre été sommé par de petits actionnaires, revendiquant peser au total 1,1% du capital, de clarifier le calcul de ses émissions de gaz à effet de serre. Le conseil d’administration de Carrefour, critiqué ces derniers mois par des associations spécialisées sur la sincérité de ses engagements en la matière, prévoit de soumettre au vote de ses actionnaires une communication plus précise des leviers utilisés pour réduire ses émissions indirectes de gaz à effet de serre. La famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette, est le premier actionnaire de Carrefour avec à fin 2022 13,73% du capital et 17,5% des « droits de vote réels ». (avec AFP) Climat social tendu par l’inflation, appel à plus de transparence sur les émissions carbone : les actionnaires du géant français de la distribution Carrefour se réunissent vendredi matin à Aubervilliers pour une assemblée générale qui doit aussi se prononcer sur la rémunération du PDG Alexandre Bompard. Cette rémunération, décomposée en une partie fixe (1,5 million d’euros), une partie variable (jusqu’à deux fois la part fixe), une rémunération de long terme (jusqu’à « 60% de la rémunération globale maximum »), « est inacceptable, voire indécente », a critiqué la CGT. Les syndicats du groupe dénoncent dans ce passage de magasins en location-gérance, une forme de système de franchise dans laquelle Carrefour reste propriétaire du fonds de commerce, une casse sociale à bas bruit. La CFDT estime que les effectifs de Carrefour ont fondu de 30.000 personnes depuis 2018, passant de 115.000 à 85.000. De son côté, la direction affirme que ce changement de statut des magasins relance leur activité et préserve l’emploi, et le PDG Alexandre Bompard prévoit de s’appuyer de plus en plus sur un modèle d’exploitation des magasins en franchise. Carrefour a en outre été sommé par de petits actionnaires, revendiquant peser au total 1,1% du capital, de clarifier le calcul de ses émissions de gaz à effet de serre. Le conseil d’administration de Carrefour, critiqué ces derniers mois par des associations spécialisées sur la sincérité de ses engagements en la matière, prévoit de soumettre au vote de ses actionnaires une communication plus précise des leviers utilisés pour réduire ses émissions indirectes de gaz à effet de serre. La famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette, est le premier actionnaire de Carrefour avec à fin 2022 13,73% du capital et 17,5% des « droits de vote réels ». Du lundi au vendredi, à 13h, recevez l’essentiel de l’actualité des
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