Réveil Courrier du 3 janvier 2024 | Courrier international

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Réveil Courrier du 3 janvier 2024 | Courrier international

Pendant que vous dormiez . Mort du numéro 2 du Hamas, Japon, Colorado : les informations de la nuit Claudine Gay a annoncé mardi qu’elle quittait ses fonctions à la tête de l’université, après des accusations de plagiat et une audition tendue au Congrès sur la lutte contre l’antisémitisme dans les campus. Pour la presse américaine, sa démission est le résultat d’une campagne de pression menée par le camp conservateur. Elle “aura effectué la présidence la plus courte” de l’histoire d’Harvard, “depuis la fondation” de la prestigieuse institution américaine “en 1636”, note le New York Times. Arrivée en juillet dernier à la tête de l’université, Claudine Gay a annoncé mardi 2 janvier démissionner, après des accusations de plagiat et une audition tendue au Congrès sur la lutte contre l’antisémitisme dans les campus. Elle est la deuxième présidente d’une “institution de l’Ivy League”, – qui rassemble huit universités d’élite -, à quitter ses fonctions depuis le mois dernier, rappelle The Atlantic. En décembre, Elizabeth Magill, de l’université de Pennsylvanie, avait été la première à remettre sa démission face aux pressions. “Les deux cas ne sont toutefois pas aussi similaires qu’il y paraît au premier abord”, note le magazine américain. “Le départ de Magill découle directement des témoignages fragiles des présidentes d’universités devant le Congrès le 5 décembre sur l’antisémitisme et le conflit israélo-palestinien”. Interrogées par les élus, Magill et Gay avaient refusé de répondre par “oui” ou “non” à la question d’une représentante républicaine, Elise Stefanik, leur demandant si le fait d’appeler au génocide des Juifs enfreignait le code de conduite de leurs universités, expliquant qu’elles devaient prendre en compte les clauses de protection de la liberté d’expression aux États-Unis. Leurs réponses, devenues virales, ont provoqué un tollé jusqu’à la Maison Blanche. Magill avait dû démissionner car “le conseil d’administration de Penn avait pris peur face aux pressions des donateurs et de la classe politique” à la suite de son témoignage, remarque The Atlantic. La “Harvard Corporation, un organisme équivalent,” a, elle, “reconnu que le témoignage de Gay s’était mal passé” tout en continuant néanmoins à défendre sa “liberté académique”. Dans le cas de la présidente d’Harvard, “c’est l’écosystème médiatique conservateur qui lui a porté le coup fatal” en menant “une campagne de pression soutenue axée sur des allégations de plagiat” parues notamment dans la publication conservatrice The Washington Free Beacon, note Politico. Mardi, “la droite a reçu une forte dose de satisfaction en orchestrant le départ de la présidente d’université la plus influente du monde”, estime le magazine. “Un universitaire peut invoquer une ou deux négligences par inadvertance, mais les nombreux cas” pointés du doigt, “se sont révélés intenables, en particulier pour la présidente d’une institution aussi importante qu’Harvard”, souligne de son côté The Atlantic. Dans un éditorial, le comité de rédaction du quotidien conservateur The Wall Street Journal estime que la démission de Claudine Gay pourrait offrir “un nouveau départ” à l’institution. “Son leadership était clairement devenu un fardeau qui pesait sur la réputation de l’école. La question est maintenant de savoir si la Harvard Corporation qui l’a choisie et qui a présidé à cette débâcle va rééquilibrer la situation en choisissant” un dirigeant “qui n’a pas peur de défier les factions progressistes dominantes” au sein d’Harvard. Pour le magazine de gauche Mother Jones, “Gay”, première femme noire présidente d’Harvard, est au contraire “la dernière victime d’une croisade conservatrice croissante contre la ’diversité dans l’éducation’”. Noémie Taylor-Rosner Le numéro 2 du Hamas tué près de Beyrouth dans une frappe attribuée à Israël. Exilé depuis plusieurs années au Liban, Saleh el-Arouri est mort mardi dans une attaque au drone qui aurait été menée par l’État hébreu en périphérie de la capitale libanaise, selon des sources sécuritaires libanaises et palestiniennes. Sans évoquer directement la frappe qui a tué le dirigeant du Hamas, le porte-parole de l’armée Daniel Hagari a affirmé dans la soirée que Tsahal était prêt à faire face à “tout scénario”, alors que la mort d’al-Arouri a ravivé les craintes d’un embrasement régional. Emmanuel Macron, qui s’est entretenu au téléphone avec le ministre israélien Benny Gantz, membre du cabinet de guerre, mardi soir, a appelé l’État hébreu à “éviter toute attitude escalatoire, notamment au Liban”, a fait savoir l’Élysée. Selon L’Orient – Le Jour, “Saleh el-Arouri […] était l’une des cibles prioritaires d’Israël”. Depuis le Liban, “il aurait largement contribué au rapprochement entre le Hamas et le Hezbollah”, explique le quotidien libanais. “Encore plus que son profil, c’est le lieu de son assassinat qui en fait un événement ’exceptionnel’ dans la séquence actuelle. En tuant le principal leader du Hamas au Liban dans le fief même du Hezbollah, Israël a fait monter l’escalade de plusieurs crans”. Séismes au Japon : plus de 60 morts et d’immenses dégâts. Le pays était engagé mercredi dans une course contre la montre pour retrouver des survivants après la série de tremblements de terre qui a ravagé lundi la péninsule de Noto, provoquant la mort de 62 personnes, selon un nouveau décompte effectué par les autorités locales. L’étendue des destructions s’est révélée à la levée du jour mardi : partout, des maisons anciennes et d’autres bâtiments effondrés, des routes crevassées, des bateaux de pêche ayant chaviré ou s’étant échoués et des incendies persistants au milieu de ruines fumantes. “Les répliques incessantes, les décombres sur les routes et les routes endommagées entravent les opérations de secours alors que l’on se précipite pour retrouver des survivants”, relate le Japan Times. Masuhiro Izumiya, maire de Suzu, située dans la préfecture d’Ishikawa à la pointe nord-est de la péninsule de Noto, a qualifié les dégâts dans la ville de “catastrophiques”, estimant que 1 000 maisons avaient été complètement détruites. Un homme arrêté après des tirs à la Cour suprême du Colorado. Le tireur a forcé l’entrée du bâtiment, y ouvrant le feu et y causant d’importants dommages avant d’être interpellé, a annoncé mardi la police locale. Selon le Denver Post, l’homme de 44 ans est aussi accusé d’avoir menacé un agent de sécurité avec son arme et déclenché un incendie au septième étage de l’immeuble. La Cour suprême du Colorado a récemment déclaré Donald Trump inapte à se présenter à la présidentielle dans l’État en raison du violent assaut du Capitole, commis en 2021 par ses partisans. Le lien avec la fusillade n’a toutefois pas été démontré, a précisé la police. Mardi, l’ex-président américain a contesté son inéligibilité dans l’État du Maine, après que l’État de la côte est, a, à son tour, décidé d’exclure Trump des bulletins de vote de la primaire républicaine. En invalidant, en pleine guerre à Gaza, la mesure phare de la refonte judiciaire portée par le très à droite gouvernement israélien, la plus haute juridiction de l’État hébreu “a rendu un grand service à la société”, qui reste néanmoins très divisée, estime le quotidien “Ha’Aretz”. Elle fragilise surtout le Premier ministre. Annoncée le lundi 1er janvier, la décision de la Cour suprême invalidant le projet de loi du gouvernement – qui retirait au pouvoir judiciaire le droit de se prononcer sur le “caractère raisonnable” des décisions des branches exécutive et législative – est un pavé de 738 pages disséquant le pour et le contre de ce texte. Nul doute qu’elle sera étudiée par quantité de spécialistes et dans les écoles de droit constitutionnel dans les décennies à venir. Mais au-delà des questions de jurisprudence, cet arrêt a des répercussions politiques et sociales immédiates. Cette décision marque avant tout la fin du projet de réforme judiciaire lancé par le gouvernement Nétanyahou. Presque un an après son annonce par le ministre de la Justice, Yariv Levin, et après les trois cent soixante-deux jours les plus agités de l’histoire de l’État hébreu, le texte qui visait à torpiller la Cour suprême et la démocratie en Israël a échoué. Le gouvernement n’aura pas la capacité – ni le soutien de l’opinion publique ni même le temps – de remettre son projet sur le tapis. Ce qui n’empêchera pas un autre gouvernement de droite de tenter de nouveau d’affaiblir le pouvoir judiciaire, mais au moins peut-on espérer qu’il le fera de manière plus consensuelle. Cette victoire est celle d’une femme, l’ancienne présidente de la Cour suprême Esther Hayut, qui s’est levée contre ce projet dès sa publication [elle a pris sa retraite à la mi-oc Anshel Pfeffer Depuis sept ans maintenant, Manuel, qui fut prostitué gay à Cuba, une île connue pour le tourisme sexuel, retourne sur les lieux où il a rencontré un jeune Mexicain dont il est tombé amoureux, sans grand espoir de réciprocité. Il raconte cette histoire émouvante et son expérience de la prostitution pour la revue cubaine en ligne “El Estornudo”. Aujourd’hui, je suis revenu prendre un cappuccino et une bière Cristal à l’hôtel Parque Central. Un sacré luxe compte tenu de la hausse des prix, de l’état de mes finances et de la personne que j’étais il n’y a pas si longtemps encore. Il ne manque pourtant pas de lieux à La Havane pour s’offrir un bon cappuccino et une bière Cristal au tiers du tarif facturé ici. Pourquoi donc être revenu ici, où le souvenir d’une aventure inachevée et d’un Gabriel qui n’a jamais pu m’appartenir me meurtrit ? À croire que je recherche sans cesse le confort de la douleur qui m’habite. Je suis déjà venu la semaine dernière, le mois dernier et il y a sept ans, attendre la visite fantôme, devant le même cappuccino et la bière pas assez fraîche ; attendre que Gabriel apparaisse par cette porte, avec son si bel accent mexicain et ses doigts si délicats de dessinateur, et me dise : Lorsque j’ai commencé à me prostituer, mon premier client s’appelait Pedro. On n’oublie jamais son premier vrai client. C’est un peu comme le premier jour de classe, ou la première fois que l’on essaie une substance hallucinogène. Cela reste gravé dans la mémoire, la mienne tout du moins, moi qui à cette époque n’étais encore qu’un enfant curieux mais craintif, qui commençait à toucher la vie du bout de ses doigts inexpérimentés. Les baisers de Pedro étaient les plus répugnants et les mieux payés de ma vie. De très loin, il mettait la bouche en cul-de-poule comme pour me préparer à l’écœurement, comme s’il savait que cela me donnerait des haut-le-cœur et qu’il devait m’avertir pour que je les réprime. Il n’était même pas encore en face de moi que je fermais les yeux. Juste avant d’arriver à mes lèvres, il sortait cette langue rêche et grossière, pareille à une langue de chat, et me l’enfonçait dans la bouche. La langue d’abord, les lèvres ensuite. Comme pour atténuer mon dégoût. Outre son incapacité foncière à embrasser correctement, Pedro était d’une tout autre génération et d’une tout autre culture que moi. J’avais 20 ans, il en avait plus de 60. Il était trois fois plus baraqué que moi, et l’océan Atlantique nous séparait. Je n’ai jamais fait le moindre effort pour lui apprendre quoi que ce soit de nouveau, et moins encore, au vu de tout ce qu’il avait vécu, à embrasser. Mais son accent espagnol, avec une sorte de zézaiement, était si marqué que je ne pouvais oublier les euros qu’il rapportait d’Espagne pour des garçons frais et virils comme moi, Cubain moyen, main-d’œuvre et main de velours moins chère que tout ce qu’il pourrait trouver dans bien d’autres pays. L’accord que nous avions passé était un rappel permanent qu’à 30 euros par jour il était en droit de m’infliger de nombreuses formes d’humiliation, en sus des pratiques sexuelles perverses. En tant que novice, j’endurais des vexations inutiles que je ne rapporterai même pas ici. Le portrait de lui que je laisserai dans la mémoire de mes lecteurs sera ma vengeance. Ce personnage irrespectueux, nombriliste et imprudent n’aurait jamais dû venir à Cuba. Je n’aurais jamais dû accepter une bière de ce sale type. Mais voilà, j’étais pour ainsi dire à la rue, sans travail. Son offre pour quinze jours, au cours desquels – grâce à tous les dieux du ciel – je n’eus à coucher avec lui que trois fois, tombait à point nommé. À cette époque, je prenais entre 30 et 50 dollars [entre 28 et 46 euros], avec en prime quelques repas, des sorties à des fêtes et beaucoup de bière. Oui, je revenais cher en bière. Pour Gabriel, j’ai composé des chansons et une chronique que j’ai perdues à cause d’un virus sur mon ordinateur portable. J’avais 23 ans et je traînais tant de frustrations qu’on aurait dit que j’accumulais toutes les rancœurs de vies passées. La douleur de celui qui est rejeté – celle d’un homo en disgrâce – a une tout autre intensité. Elle s’apparente à la douleur de la perte d’un être humain. Et, à bien des égards, c’est exactement cela. J’avais perdu une mère qui avait assez de vivacité pour flairer chez moi le moindre indice d’homosexualité coupable et s’y attaquer avec une implacable intolérance. Cette femme-là, c’est certain, est bien morte. Dix ans plus tard, celle qui continue de vivre a été vaincue par la fatigue des longues guerres et elle a fini, comme toute bonne politique, par cohabiter avec l’“ennemi”, allant jusqu’à lui céder du terrain. Aujourd’hui, je suis la cicatrice des blessures de ces grands combats. Mes jambes ne me tenaient plus devant tant de tempêtes, mais je n’avais pas le choix. Les pájaros [gays efféminés] de mon genre – et dans des environnements aussi hostiles que le mien – doivent soit rester debout soit cesser d’exister et disparaître des regards. J’ai choisi de suivre la leçon de nos gays, travestis et trans tutélaires : nous ne pouvons cesser d’être ni d’exister, fût-ce au prix de notre propre vie, car nous ne sommes pas uniquement les corps que nous habitons. Nous habitons les existences que nous ont façonnées les gays, travestis et trans qui nous ont précédés, tout comme nous préparons le terrain à ceux qui viendront après nous. Fallait-il que trois années dans la gueule de la nuit épaisse puissent être intenses pour qu’à 23 ans je sois déjà marqué par les traumatismes et les frustrations de l’exercice de survie. Je savais qu’un pájaro pouvait ne pas coûter bien cher, et je savais aussi combien, dans la réalité, il en coûtait de l’être. Gabriel est apparu au Parc central, en face de l’hôtel Inglaterra, avec un carnet dans la main gauche et un crayon dans la droite, et une définition de la beauté accrochée au visage comme une affiche. Il esquissait la silhouette de l’hôtel Inglaterra, et moi, assis sur le trottoir, je le Manuel D La Cruz Avec le poignant “Moi, capitaine”, en salle le 3 janvier, Matteo Garrone a raflé le Lion d’argent du meilleur réalisateur à la dernière Mostra de Venise. L’Italien met en scène, étape par étape, le parcours périlleux de deux jeunes Sénégalais vers l’Europe. Alors que l’extrême droite est au pouvoir à Rome, la presse transalpine a jugé ce film vital. Sénégal, Mali, Niger, Libye, et la Méditerranée. C’est l’une des routes de la migration vers l’Europe, souvent évoquée dans l’actualité mais rarement portée sur grand écran comme le fait Matteo Garrone. Dans Moi, capitaine, en salle le 3 janvier, le réalisateur italien met en scène étape par étape, épreuve par épreuve, l’odyssée migratoire de Seydou et de Moussa, deux cousins sénégalais de 16 ans, férus de rap et pleins de rêves de célébrité. Matteo Garrone “a réussi à faire un film pratiquement impossible : raconter une histoire d’actualité – ressassée à l’envi par l’incessante couverture médiatique – pour en faire un archétype”, salue L’Essenziale. Le cinéaste évite les écueils du spectaculaire et du cliché, alors même “que les films sur l’immigration peuvent être très mauvais : paternalistes, dénués d’authenticité ou condescendants”, développe l’hebdomadaire italien. Un enthousiasme partagé par la grande majorité de la critique en Italie, où le film est sorti le 7 septembre, un an après l’arrivée au pouvoir de Georgia Meloni et de son gouvernement d’extrême droite. Matteo Garrone avait auparavant, en août, été couronné du Lion d’argent du meilleur réalisateur lors de la Mostra de Venise, et son acteur principal, le Sénégalais Seydou Sarr, du prix du meilleur jeune espoir. Il faut dire que le jeune homme incarne avec brio son homonyme de fiction dans ce récit initiatique qui s’attache à montrer les horreurs et les souffrances du périple entrepris par les deux jeunes, autant que l’humanité et la résilience dont ils font preuve lorsqu’ils se retrouvent aux prises avec la violence des frontières. Bien avant d’atteindre les rives de la Méditerranée, Seydou et Moussa devront traverser des paysages inhospitaliers, et se défendre contre quantité de passeurs tout aussi impitoyables. Tout commence à Dakar. Malgré l’interdiction de sa mère, Seydou prend le chemin de l’Europe, sur l’insistance de Moussa (incarné par Moustapha Fall). S’élançant dans un voyage dont ils n’imaginent pas les périls, les deux cousins partent “en secret et finissent par se perdre” à travers déserts et mer, au péril de leur vie, résume L’Essenziale. Pour le quotidien de gauche Il Manifesto, le parcours de Seydou rappelle celui de Pinocchio, autre héros porté à l’écran par Matteo Garrone, en 2019. Comme Pinocchio dans le ventre de la baleine, “il n’a d’autre choix que d’apprendre à se débrouiller tout seul, de trouver des stratégies de survie et de surmonter jusqu’à la solitude et la peur”. Ainsi, Moi, capitaine “peut s’envisager comme un roman d’apprentissage moderne, construit sur la confrontation à la réalité de notre monde, dont le réalisateur romain prend des fragments qu’il mélange dans un style fantastique pour tisser une intrigue du réel”. Inspiré de témoignages authentiques, le film a nécessité deux ans de préparation et de documentation. Il a été tourné presque entièrement en wolof entre le Sénégal, l’Italie et le Maroc, avec l’aide d’interprètes. Certaines scènes sont quelque peu attendues. Reste que le cinéaste réussit sur le fil le périlleux pari de ne pas verser dans le pathos, en se maintenant au plus près de la réalité − sans se priver d’un brin d’onirisme sur certaines scènes −, et en s’inscrivant ainsi dans la tradition du cinéma néoréaliste italien, amorcée par le grand cinéaste Roberto Rossellini (1906-1977), souligne L’Essenziale. Le pari est d’autant plus complexe que “le sujet est délicat et prêterait à la rhétorique ou à la banalisation. Et pour Garrone, le risque était d’autant plus élevé qu’il a choisi de se positionner sur l’autre rive de la mer [Méditerranée], dans cet espace qui reste généralement ‘hors champ’” pour les Européens, écrit Il Manifesto. Appréciant de vivre ce périple à travers le regard de Seydou uniquement, sans aucun point de vue occidental, le journal note que “nous n’entendons jamais le mot de migrants prononcé par un policier ou un militant, ou par un quelconque citoyen européen”. Moins enthousiaste, Il Panorama, hebdomadaire de droite, estime que le film reste “à des années-lumière des meilleures œuvres du réalisateur romain” et d’un film comme Gomorra (2008). Le regard porté par Garrone sur une tragédie plus que jamais d’actualité “nous laisse un peu froids” et “s’arrête un peu trop à la surface de situations bien plus complexes”, estime la publication. Pour le quotidien de centre droit Il Foglio, il s’agit pourtant d’une œuvre nécessaire à portée éducative. Seydou n’est pas dépeint comme une victime, mais comme un battant “qui ne cède pas au cynisme” et dont le combat “devrait, aujourd’hui plus que jamais, être aussi le nôtre”, appuie Il Manifesto. En se confrontant à des tragédies saturées d’images médiatiques, le cinéaste “a choisi de tourner le contraire d’un film à thème”, loue encore Il Manifesto. Et ce en donnant corps et voix aux destins de deux adolescents “qui ne sont pas des victimes”, c’est-à-dire qu’ils ne fuient pas une guerre, des persécutions ou encore un contexte économique précaire. “Ils s’en remettent plus ou moins consciemment à l’instinct d’aventure et de curiosité du monde propre à leur âge.” Oumeïma Nechi

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