Home Actu «Pedro Sánchez vient d’ouvrir la voie à un référendum sur l’indépendance de la Catalogne»
Actu

«Pedro Sánchez vient d’ouvrir la voie à un référendum sur l’indépendance de la Catalogne»

«Pedro Sánchez vient d’ouvrir la voie à un référendum sur l'indépendance de la Catalogne»

ENTRETIEN – Pedro Sánchez a été reconduit ce jeudi 16 novembre 2023 à la tête de l’Espagne, après avoir concédé une loi d’amnistie aux indépendantistes catalans, en échange de leur soutien. L’universitaire Benjamin Morel analyse les conséquences de cette décision qui, selon lui, fragilise gravement l’unité du pays. Benjamin Morel est maître de conférences en droit public à l’Université Paris II Panthéon-Assas. Dernier ouvrage paru : La France en miettes (ed. du Cerf, 2023). LE FIGARO. – Pedro Sánchez a été investi jeudi 16 novembre par le Parlement pour un nouveau mandat à la tête du gouvernement espagnol après quatre mois d’impasse politique consécutive aux élections législatives du 23 juillet dernier. Il a été investi au prix d’une amnistie promise aux organisateurs du référendum d’indépendance contesté de 2017. Était-ce inéluctable au vu de la crise traversée par le pays ? Benjamin MOREL. – Il faut bien comprendre ce qu’il s’est passé. Pedro Sánchez, pour obtenir son investiture, a accepté d’amnistier 400 leaders et militants catalans qui ont été condamnés pour sécession. Amnistier, ce n’est pas gracier. Amnistier signifie que l’on considère que vous n’êtes pas coupable. Indirectement donc, Pedro Sánchez reconnaît la légitimité de l’acte de sécession. C’est une concession qui va bien au-delà de l’exemption de peines, la plupart assez légères, prononcées à l’encontre des leaders séparatistes. Ensuite, Pedro Sánchez reproche à la droite de ne pas accepter le sort des urnes et sa défaite. Sauf que pour son investiture, il a, grâce à cette manÅ“uvre, obtenu le soutien de Junts per Catalunya, qui est un parti libéral très à droite. Ce dernier n’a soutenu le gouvernement que parce que ce dernier a accepté de tout lâcher. Pour les sept voix de ce parti, quatorze si l’on compte également celles de la gauche indépendantiste catalane (l’ERC), le gouvernement Sánchez a accepté de remettre en cause tous les principes. Il a lâché sur l’application de la loi pénale pour tous. Il a lâché sur l’unité de l’Espagne. Il a également lâché sur la solidarité nationale. Que la Catalogne obtienne ou pas son indépendance, les nationalistes catalans demandent en effet (gauche ERC comprise) de ne plus payer pour les Andalous ou les Estrémaduriens. La gauche espagnole qui se veut sociale a donc capitulé, pour quatorze voix, la solidarité nationale. Si l’Espagne veut survivre, il y a urgence pour elle à modifier son mode de scrutin. À défaut, il y aura toujours un Pedro Sánchez pour céder à Méphisto pour quelques mois de pouvoir. Il y a donc une responsabilité historique de Pedro Sánchez. Il a voulu ces élections pour éviter une arrivée de la droite au pouvoir. Il a choisi de ne pas tenter une nouvelle dissolution pour se sortir de ce marasme et a préféré brader l’âme du PSOE. En faisant cela, il polarise également la société espagnole en pensant en tirer avantage. Restent ensuite les conditions globales de l’accord. Le mode de scrutin espagnol, une proportionnelle par région, est le plus favorable qui soit aux petites formations séparatistes. Par ailleurs, le caractère asymétrique en Espagne stimule ces dernières. Cette combinaison fatale fait qu’aujourd’hui même Madrid compte des formations autonomistes. Dans ce contexte, obtenir une majorité au Parlement devient une gageure pour quiconque, et ces petits partis peuvent vendre très cher leur soutien… contribuant par les concessions qui leur sont faites à aggraver le problème. Si l’Espagne veut survivre, il y a urgence pour elle à modifier son mode de scrutin. À défaut, il y aura toujours un Pedro Sánchez pour céder à Méphisto pour quelques mois de pouvoir. Elles peuvent être dramatiques. Des négociations vont être lancées sur les évolutions possibles du statut de la Catalogne. Si jamais elles débouchent, un référendum peut avoir lieu sur l’indépendance. La Catalogne pesant 19% du PIB de l’Espagne, ce serait dramatique pour le pays, mais aussi pour la Catalogne dont les milieux économiques s’étaient affolés lors du référendum. Par ailleurs, si le gouvernement cède sur la Catalogne, le Pays Basque voire la Galice ne sauraient être en reste. Le Pays Basque se gargarise pour l’instant du statut de plus grande exception au sein de l’ensemble espagnol. Les Catalans lui jalousent notamment son régime fiscal. S’ils obtiennent satisfaction, les nationalistes basques qui réclament une nationalité basque avec des droits propres (notamment concernant la propriété et le vote) pourraient être amenés à redoubler de revendications pour ne pas paraître à la traîne. Enfin, en légalisant ex post les référendums illégaux, Pedro Sánchez ouvre nécessairement la voie à de nouvelles tentatives un peu partout en Espagne, ce qui devrait fragiliser profondément et structurellement la stabilité du pays. Cette amnistie promise aux organisateurs du référendum d’indépendance contesté s’inscrit-elle dans la continuité d’un mouvement de fond, la montée en puissance du régionalisme et de l’indépendantisme ? Oui et non. Oui, car comme on l’a évoqué, l’Espagne a été pionnière en matière de décentralisation asymétrique, ce que l’on appelle en France la différenciation territoriale. Or, cette dernière stimule fortement les régionalismes. En liant identité, statut et compétences, on crée une surenchère. Plus mon identité est reconnue, plus mon statut est particulier. Or, si mon statut est moins autonome que celui du voisin, alors c’est que mon identité est méprisée, ce qui est évidemment insupportable. Lorsque le statut de communauté autonome a été créé pour les régions à «forte identité», d’autres régions ont également exigé de l’obtenir. S’y est alors également développé un régionalisme de réaction. Dans les régions comme la Catalogne ou le Pays Basque, la négociation sur le statut de chaque communauté autonome a conduit à une surenchère. Comme les Catalans n’ont pu obtenir des compétences fiscales sur le modèle du régime foral basque, le ton est monté vers l’indépendance. Or, ce régime a permis au petit Pays Basque de devenir une région prédatrice, asséchant le tissu économique de ses voisins en usant de leviers fiscaux sur lesquels ils ne peuvent répondre. L’accepter pour la Catalogne aurait été un drame pour le reste du pays. Par ailleurs, les nationalistes basques et surtout catalans ont formé une jeune génération extrêmement radicale. C’est elle qui a manifesté et contraint les barons de la droite autonomiste catalane à se rallier à l’indépendance. Le phénomène est très semblable à ce que l’on peut connaître, par exemple, en Corse. Le gouvernement Sánchez veut pousser la reconnaissance des langues régionales à un niveau européen, ce qui représenterait un danger de déstabilisation pour d’autres États et fragiliserait un peu l’organisation de l’Union. En même temps, les régionalistes ont subi une sévère défaite lors des dernières élections, ne parvenant qu’à faire élire 28 députés. Ce n’est donc pas un raz-de-marée qui aurait poussé Pedro Sánchez à négocier, mais une pure combinaison parlementaire. C’est assez difficile à dire. Le référendum en Écosse a conduit l’Union européenne à se montrer beaucoup plus réservée vis-à-vis des régionalismes. Le gouvernement Sánchez veut pousser la reconnaissance des langues régionales à un niveau européen, ce qui représenterait un danger de déstabilisation pour d’autres États et fragiliserait un peu l’organisation de l’Union. Il est probable que dans beaucoup d’autres capitales, cela crispe plus que ça n’inspire. Cela peut donc favoriser une prise générale de conscience du problème. En revanche, une indépendance de la Catalogne pourrait créer un effet domino en Espagne mais aussi en Flandres, en Padanie, voire, hors Union, en Écosse. La question est : est-ce que ce qui se passe chez nos voisins espagnols va enfin réveiller la classe politique française qui croit encore vivre dans un petit village gaulois épargné par ces phénomènes, alors que la Corse est la région européenne, bien devant la Catalogne, qui vote le plus pour des partis ethnorégionalistes et que le président du Conseil régional de Bretagne a dit explicitement vouloir s’inspirer du modèle corse. Au regard du discours d’Emmanuel Macron à Ajaccio il y a un mois, qui, comme Pedro Sánchez, n’hésite pas à tout lâcher, et du peu de réaction à gauche comme à droite… ce n’est pas évident. La classe politique espagnole est cynique, la classe politique française est naïve ; politiquement, c’est là une faute encore plus grave. Nouvelle France
le 20/11/2023 à 17:09 Imaginez un peu le statut du peuple catalan qui relève du pouvoir de Madrid lequel relève du pouvoir de Bruxelles, parmi les 26 autres, autrement dit « peanuts ». Un minimum d’autonomie paraît nécessaire, sinon il y aura toujours la tentation d’indépendance. 3570394 (profil non modéré)
le 20/11/2023 à 16:55 L’indépendance de la Catalogne? Ils osent revenir à la charge?Qu’attend l’union Européenne pour menacer l’Espagne d’expulsion , car c’est une menace de déconstruction des états européens ,région par région. Jane Ciscle
le 20/11/2023 à 16:21 D’une part il n’y a que les Français et les espagnolistes pour croire que le GADLU a créé des frontières éternelles. Rien qu’en Europe, l’Allemagne a été amputée, divisée, réunifiée, l’Autriche amputée, la Hongrie amputée de plus de la moitié de son territoire, la Pologne et l’Ukraine poussées vers l’Ouest, la Finlande toujours occupée pour partie par les Russes, la Yougoslavie éclatée; la Tchécoslovaquie n’existe plus, etc. On peut être nostalgique, mais rien n’arrêtera de changer.D’autre part l’équilibriste Sánchez ne respectera pas les accords donnés aux partis politiques catalans, qui n’ont qu’un souci, garder de bonnes places dans l’administration pour leurs cadres et militants. Donc en Espagne rien ne changera. TRIBUNE – La guerre entre le Hamas et l’État hébreu voit s’imposer le règne de l’émotion, estime l’historien, pour qui les croyances tendent à supplanter les faits dans l’analyse du conflit.
CHRONIQUE – La rencontre entre Joe Biden et Xi Jinping à San Francisco constitue une étape modeste dans un vaste choc des civilisations, mais elle nous livre des enseignements précieux : le XXIe siècle ne sera pas forcément chinois et les démocraties ne sont pas condamnées au déclin.
À tout moment, vous pouvez modifier vos choix via le bouton “paramétrer les cookies†en bas de page.

Written by
Ebene Media

Toute l'actualité en direct. Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux: Abonnez-vous à Youtube: cliquez ici -- Suivez-nous sur Facebook: cliquez ici -- Suivez-nous sur Twitter: cliquez ici -- Suivez-nous sur Tik Tok: cliquez ici

Related Articles

Missiles américains à longue portée en Europe: Joe Biden relance la course aux armements avec la Russie

Des experts craignent un retour de la Guerre froide. Vous avez probablement...

Sortie de crise en Ukraine: «Zelensky devra probablement recourir à un référendum», selon le maire de Kiev

S’inquiétant d’un conflit qui pourrait durer encore deux ans, le maire de...

Yémen : l’armée israélienne frappe Hodeïda, les Houthis promettent de répondre

Au lendemain d’une attaque de drone sur Tel-Aviv, revendiquée par les Houthis,...

Énergie : ces pays européens pointés du doigt pour leurs achats de gaz russe

Deux ans et demi après le début du conflit ukrainien, plusieurs pays...