Le jubilé d’argent de la reine Margrethe II de Danemark

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Le jubilé d’argent de la reine Margrethe II de Danemark

Par
Point de Vue
| 05 janvier 2024, 07h00
En 1997, la reine de Danemark célébrait ses 25 ans sur le trône. Un événement majeur pour le royaume comme pour la principale intéressée dont Point de Vue esquissait alors le portrait. À quelques jours de son abdication, nous vous proposons de redécouvrir cette archive inédite. Toute monarchie vit de symboles et se perpétue par l’image. De la nouvelle souveraine qui, ce 15 janvier 1972, a succédé à Frederik IX, “roi des Wendes et des Goths”, deux instantanés frappent aussitôt. D’abord une longue femme en noir, s’avançant, très pâle, sur le balcon du palais de Christianborg, les yeux levés vers le ciel comme pour un appel au secours. Puis, quelques minutes plus tard, la même silhouette, un sourire comme un éclat. Deux images contrastées, illustrant à merveille le mot de la reine Wilhelmine : “Maintenant je suis seule, mais pas solitaire…”  “Quand je suis apparue au balcon, expliquera plus tard la reine Margrethe II, j’ai eu le sentiment d’un grand moment, d’un moment étrange également. Il faisait un froid glacial mais je m’en souviens comme d’un détail. Ce qui s’est gravé dans ma mémoire, c’est le fait qu’il puisse y avoir un tel rassemblement par un jour de janvier comme celui-là…” Cela “donnait une signification à la vie que j’avais menée depuis que j’avais treize ans. Maintenant j’allais confirmer les promesses que j’avais faites à dix-huit ans. Me voici, je vous appartiens ! Désormais je vais travailler dans mon pays, pour mon pays, pour mes Danois”. Dix jours suivant la coutume – séparent cette scène des funérailles du roi Frederik IX. De l’interrègne naissent d’autres images encore, des mots qui tirent leur force et leur justesse d’être des symboles : les deux lions d’argent descendus du musée de Rosenborg pour veiller le corps du roi ; la couronne royale jamais portée mais posée sur le catafalque, le tapis d’aiguilles de pins jetées sur l’itinéraire du cortège funèbre en hommage à ce roi qui aimait la nature ; la prolonge d’artillerie tirée par quarante-huit marins pour ce roi amoureux de la mer ; l’adagio de la 9e symphonie de Beethoven dans la cathédrale de Roskilde…  Tout, dans l’hommage d’un peuple souverain, clame l’amour que les Danois portaient à l’homme en qui ils se reconnaissaient. “Le roi Frederik fut un homme de vieilles vertus et de sincérité danoises et son sourire était irrésistible”, allait dire l’aumônier de la cour. Tandis que les cloches de toutes les églises du royaume sonnent le glas, quatre-vingt-un coups de canon saluent l’avènement de la nouvelle reine. Elle qui, elle l’avouera plus tard, a eu jusque-là si souvent peur de ne pas être digne de son père, se sent, d’un coup, comme portée par le regard du souverain défunt. Car si Frederik fut un roi près de son peuple, aimant le naturel et la simplicité, il vivait avant tout pour les siens. “Je n’ai jamais trouvé de trèfle à quatre feuilles, disait-il, mais les années en ont fait entrer un dans ma famille…” Et Margrethe, de son côté, lui vouait un véritable culte. Lors de sa première apparition au balcon en tant que reine comme sur son premier portrait officiel, elle porte une petite broche en rubis représentant un fer à cheval. Celle que son père lui a donnée au soir du 5 juin 1953, quand la constitution modifiée, permit à une fille d’accéder au trône. “Papa était si gentil et si fier que je dusse lui succéder ! Cela m’a beaucoup aidée…” Néanmoins, la souveraine ressentira toujours le besoin de prouver aux yeux du monde qu’elle est digne de remplir la fonction où le sort l’a placée.  Il faut y voir l’écho d’une enfance qui fut un long combat contre les peurs, celle du noir, celle du bruit, des squelettes… Et surtout, comme un leitmotiv, la peur de décevoir. “J’ai toujours eu l’angoisse de perdre”. “Mon cauchemar, c’était l’idée de rester seule. Qui au monde va oser se lier à une reine ? Ce qui me convient le mieux c’est de vivre avec quelqu’un sur qui je puisse m’appuyer, sinon je ne me sens pas à l’aise.” On sait tout sur la rencontre à Londres de celui qui va partager sa vie et son règne. Henri de Monpezat, devenu prince consort, sait accompagner Margrethe II tout au long des chapitres de ce livre d’images qui est aussi un livre d’histoire. Devenir danois tout en restant lui-même. Être l’époux d’une reine tout en étant chef de famille, être le conseiller, le soutien, le bras droit, l’homme de l’ombre et l’homme de cœur…  Il évoque d’ailleurs, dans son livre de souvenirs, les difficultés de son rôle. Et la reine de son côté ne manque jamais de souligner le réconfort et l’appui qu’elle trouve en son époux. Ainsi ces mots prononcés à l’occasion des soixante ans du prince : “Henri, à ton arrivée dans le pays, on s’attendait à ce que tu deviennes aussi danois que le pain de seigle. Cela ne s’est pas passé ainsi. Tu aimes bien la difficulté, tu n’abandonnes jamais. Tu es d’abord resté toi-même, et tu es aussi devenu un Danois sur qui l’on compte. Tu as élargi mon univers et enrichi ma vie bien au-delà de ce que j’attendais du mariage…”  Quant au prince Henrik, il déclare volontiers : “Je suis le premier à lui porter allégeance mais je suis aussi le premier qu’elle vient voir lorsqu’elle a envie de rire et de se confier à quelqu’un…” Les enfants de ce couple ne pouvaient être que des enfants heureux. Il suffit d’observer le regard de la reine sur ses “deux petits princes” devenus grands pour deviner sa fierté de mère. Elle n’hésite pas à se dire comblée par leur sérieux et leur aisance, leur franchise et leur droiture. Pourtant, et c’est un de ses grands remords maintes fois confessé, elle regrette de n’avoir pas eu assez de temps à leur consacrer. Sur le chapitre de l’éducation des jeunes princes, Margrethe II affirme avoir laissé la bride libre à son époux, même s’il semble bien que père et mère aient été d’accord sur un principe : “Nous n’avons jamais essayé de les assommer avec des leçons de morale. Nous avons préféré, chaque fois que c’était possible, les leçons de l’exemple. (…) Et avant tout, nous avons cherché à développer au maximum chez eux le sens de la responsabilité.” De cette éducation des princes marquée du sceau du libéralisme et de la confiance, il est facile d’imaginer de quelles touches personnelles la reine colore sa fonction officielle. Simplicité, vérité, amour, tel est son drapeau tricolore. Le ton est donné dès le premier jour, quand la nouvelle souveraine renonce de son fait à son titre de reine des “Wendes et des Goths” pour n’être plus que “reine de Danemark” . Simplicité que les Français connaissent pour l’avoir vue maintes fois, lors de ses vacances dans le Lot, faire elle-même son marché à la foire de la petite ville de Cahors, chaque mercredi et samedi du mois d’août. Vérité, pour l’avoir entendue confesser sans fausse honte ses erreurs, ses faiblesses ou ses manques, consciente que la vraie grandeur n’a pas besoin de masque. Qui, à sa place, aurait osé affirmer sans ambages : “Les gens qui aiment se faire remarquer me déplaisent mais je reconnais que je porte moi-même le germe de cette maladie !” Amour, comme le regard que la souveraine pose sur ses compatriotes, quand elle dit ” mes Danois ! ” “Surtout, que personne n’ignore que j’aime beaucoup mon métier ! D’ailleurs ce serait une honte de ne pas l’aimer… C’est une lourde tâche mais aussi une tâche amusante…” Passionnée par son époque, Margrethe II évoque par ailleurs les mille et une facettes de sa fonction, jusqu’à l’élargissement aux dimensions de l’Europe. Mais sans oublier les traditions “celles en tout cas que nous avons reçues pour charge de défendre et de perpétuer.” Être reine pour elle, n’est pas seulement un échange d’honneurs et de devoirs. C’est un métier pour lequel elle est préparée depuis toujours. “La charge me rend responsable envers tous ceux qui m’ont précédée et je dois faire convenablement mon travail à ma propre époque; enfin je suis responsable envers mes successeurs, surtout le premier.” Si l’on jette un regard en arrière sur ce quart de siècle écoulé, que retenir ? Le mot bonheur vient tout de suite à l’esprit. Pourtant, avoue la reine “le bonheur ne s’exige pas. Au lieu de parler de bonheur, je préférerais parler de joie. Le bonheur embrasse tant de choses.” Tout à coup, précise-t-elle, “la joie apparaît. Sans raison particulière, on se sent gai comme un pinson.” Il est une chose, enfin, qui nous touche dans ce jubilé, nous, Français de cette Ve République, Français dont l’âme monarchiste frémit, dit-on, à chaque soubresaut des heurs ou malheurs des reines et des princesses de ce monde. Margrethe est la plus française des reines d’aujourd’hui. Par le sang français des Bernadotte ou des Beauharnais qui coule dans ses veines. Par celui qui coule dans celles de ses fils, du futur roi. Par l’amour qu’une reine du Nord porte à son prince du midi, par l’attachement qu’elle montre à ce coin de France, Caïx, qui est un peu le sien. Ainsi, les fêtes qui vont réjouir le cœur de tout un peuple, ne laisseront, chez nous, personne indifférent. © Point de vue 2024. Le site Point de Vue est édité par Royalement Votre Édition

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