De la Culture à la rupture : les raisons de l’éviction de Rima Abdul-Malak

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De la Culture à la rupture : les raisons de l’éviction de Rima Abdul-Malak

Le macronisme a cela de particulier que deux ministres peuvent se succéder au même poste et avoir des idées diamétralement opposées, être censés suivre le même cap alors qu’ils viennent d’horizons contraires. Ce remaniement vient nous apporter une nouvelle illustration de cet étrange phénomène, avec le remplacement de Rima Abdul-Malak par Rachida Dati au ministère de la Culture. La première a fait ses classes auprès de Bertrand Delanoë, l’ancien maire socialiste de Paris dont elle a fait le tour des cabinets à l’Hôtel de Ville. La seconde n’est autre que l’actuelle maire Les Républicains du septième arrondissement de Paris. Tout les oppose, mais l’une succède à l’autre pour appliquer la même politique, servir le même chef de l’Etat. Que vaut à Rima Abdul-Malak cette humiliation supplémentaire, qui s’ajoute à la déception de quitter le ministère de ses rêves ? Comment est-elle passée subitement de fidèle du président à éjectée du gouvernement ? Et si son sort avait été scellé le 20 décembre dernier ? Le même jour, elle avait subi à deux reprises la foudre de Jupiter, faisant chuter sa cote de popularité à l’Elysée. Le matin, sous les ors de la salle du conseil des ministres, Emmanuel Macron avait tancé les membres du gouvernement qui avaient eu l’outrecuidance de faire savoir leur malaise relatif à la loi immigration, tout juste votée avec les voix du Rassemblement national à l’Assemblée. Sept ministres, dont celle de la Culture, avaient joué aux conjurés en coulisses. « Ceux qui doutent et n’ont jamais vraiment mené de combat n’ont pas de leçon à donner », les avait sèchement recadrés le chef de l’Etat qui ne déteste rien tant que l’indiscipline. Sur les réseaux sociaux, celle qui a fui les bombardements de son Liban natal à l’âge de 10 ans avait confié ses « convictions heurtées » par certaines dispositions du texte, mais jurait n’avoir « pas envisagé de démissionner du gouvernement » et assurait que sa « détermination à poursuivre [ses] combats était totale ». Visiblement insuffisant aux yeux du président. Et la fin de journée fut pire encore pour la locataire de Rue de Valois. Devant sa télé, elle allait assister à sa réprimande en direct, pour une tout autre raison. Gérard Depardieu « fait honte à la France », avait-elle déclaré quelques jours plus tôt à propos de l’acteur accusé de viol. Sur le plateau de « C à vous », Emmanuel Macron disait l’exact contraire : « Il rend fière la France. » Avant de tancer sa ministre qui avait aussi remis en cause la Légion d’honneur du comédien. « Il y a sans doute un agacement du président, mais pas de brouille, pensait alors dans “le Figaro” le puissant producteur de théâtre Jean-Marc Dumontet, intime du couple Macron. De tous ses ministres de la Culture, c’est celle qu’il connaît le mieux. » Celle qui, avant d’être nommée en 2022, l’avait conseillé plus de deux ans à l’Elysée, lui envoyant régulièrement des poèmes par SMS ou des sélections de livres. Celle qui, avant encore, en tant qu’attachée culturelle aux Etats-Unis, organisait une visite de New York à Brigitte Macron. Après l’échec des nominations de Françoise Nyssen, l’éditrice pas assez politique, de Franck Riester, le centriste trop techno, et de Roselyne Bachelot, invisibilisée par le Covid, nombreux se demandaient si Emmanuel Macron n’avait pas enfin trouvé « sa Jack Lang ». Interpellée comme de coutume aux Molières, la nouvelle ministre de la Culture avait osé se lever et répliquer. Avec la même verve macroniste, elle reprochera ensuite à la réalisatrice Justine Triet, fraîchement auréolée de la palme d’or, de pointer une dérive du financement du cinéma français. Mais en période de remaniement, chaque faute compte double. Surtout qu’une autre ombre planait au-dessus de la relation entre le président et sa ministre. Rima Abdul-Malak menait un combat contre Vincent Bolloré et son emprise sur les médias. « Dans les derniers mois, les dernières années, qu’il s’agisse de Canal+, de “Paris Match”, d’Europe 1, de l’édition, il y a un certain nombre d’alertes sur la liberté de création, sur la liberté d’expression », avait-elle lancé en février au micro de France-Inter, déclenchant les foudres de l’industriel aux idées ultraconservatrices. « Courage », lui avait écrit Elisabeth Borne, quand Emmanuel Macron la laissait batailler sans piper mot… mais recevait secrètement Vincent Bolloré à l’Elysée. Peut-être aura-t-elle l’occasion de s’en entretenir un jour avec le président, si le lien entre eux ne se rompt pas définitivement. D’autant que le chef de l’Etat risque d’avoir une autre rupture à gérer prochainement. Déjà compliquées, ses relations avec le monde de la culture, majoritairement classé à gauche, ne devraient pas s’améliorer avec la nomination de Rachida Dati.

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