Beata Umubyeyi Mairesse : au Rwanda, “on a été massacrés dans un silence assourdissant”

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Beata Umubyeyi Mairesse : au Rwanda, "on a été massacrés dans un silence assourdissant"

Le 18 juin 1994, un convoi humanitaire quitte le Rwanda, filmé par des journalistes de la BBC. À bord, “une centaine d’enfants, la plupart qui avaient survécu au massacre des leurs, qui avaient parfois vu leurs parents tués devant eux”, raconte Beata Umubyeyi Mairesse. “D’autres étaient des enfants d’orphelinats. Et puis il y avait moi et ma mère, qui n’aurions pas dû y être puisque normalement, c’était uniquement pour les enfants âgés de moins de 12 ans.” “On arrive à la frontière, et sur la photo qui est sur le bandeau du livre, l’image originelle à laquelle je ne cesse de revenir, on peut voir les principaux protagonistes”, poursuit l’auteure. On y voit notamment un préfet qui a organisé le convoi pour sauver ces enfants, tout en ayant lui-même été une des chevilles ouvrières du génocide. “Pourquoi a-t-il aidé l’humanitaire ? Est-ce parce qu’il sentait que le vent tournait ? Que le pouvoir génocidaire était en train de perdre la guerre ? Je ne sais toujours pas.” À 15 ans, elle a échappé aux tueurs qui encerclaient l’hôtel où elle s’était réfugié avec sa mère. Lorsqu’ils la découvrent cachée dans une cave, elle doit sa survie au fait d’être métis : ils la croient blanche, et Beata Umubyeyi Mairesse joue le tout pour le tout en leur parlant français. “Je leur fais croire que je suis Française, j’invente une histoire. Parce que je sais que pour eux, la France, c’est un pays ami, que l’armée française est considérée comme une alliée. Je leur dis : je suis de votre côté, vous ne pouvez pas me tuer. C’est ce qu’on appelle l’instinct de survie.” “J’ai l’impression qu’on a été massacrés dans un silence assourdissant”, estime Beata Umubyeyi Mairesse. “Le monde a gardé les yeux grands fermés devant les postes de télévision pendant qu’on était tués.” Le génocide a été largement filmé et photographié, mais, regrette-t-elle, jamais par les Rwandais eux-mêmes. Ce sont les Occidentaux qui l’ont documenté. “La dernière partie du livre, c’est une sorte de revendication fondamentale, de dire : ce sont nos histoires et c’est à nous de les raconter. D’autres ont pu les raconter, mais nous qui avons traversé la nuit, il est essentiel que l’on soit entendus, et que l’on soit au centre du récit. Que l’on puisse légender ces images prises par d’autres, et expliquer ce qui s’est passé.” Elle rejette aussi le terme de “tragédie” car “c’est une façon de dire que c’était inéluctable”. “Or on sait aujourd’hui qu’on aurait pu empêcher ce génocide. On aurait pu l’arrêter de façon plutôt facile, si l’on n’avait pas retiré les Casques bleus, si l’on avait laissé tous ces militaires français et belges, qui sont venus uniquement évacuer leurs expatriés et qui nous ont laissé dans un huis-clos.”

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